Si le transfert du siège de l’Office National des Forets a été vécu – et à juste titre - comme un déchirement
dans notre arrondissement, le départ de l’Institut technologique Forêt Bois Cellulose Ameublement sonnera – t - il le glas de la Tradition du Bois dans notre arrondissement ? Nous pouvons le
craindre…sauf si…
Le transfert du siège de l’Office National des Forêts à Compiègne dans le cadre du rééquilibrage territorial
induit par la refonte de la carte militaire ; le départ de l’Institut Technologique Forêt Bois Cellulose Ameublement, dans le cadre de la structuration du cluster Ville Durable de Marne la Vallée-Champs sur Marne auprès des services du Centre Scientifique et technique du Bâtiment ; sont autant d’annonces qui
contribuent à une politique d’aménagement et de spécialisation des territoires tout à fait pertinente.
Pour autant, force est de constater que la perte de deux structures pilotes est vécue comme un traumatisme, comme
une « crainte de démantèlement » dans notre arrondissement où la tradition des métiers d’art et du bois est séculaire…
Pourquoi délocaliser ?
La mise en valeur de la forêt française et le développement de la filière bois sont apparus primordiaux, tant le déficit commercial de la filière (6 milliards d’euros, soit le second déficit extérieur) était substantiel alors que la forêt française est
la 3ème d’Europe ; ce qui pouvait mettre en péril à la fois la pérennité des 450 000 emplois directs et indirects de la filière mais aussi les engagements du Grenelle de
l’environnement et du Paquet Climat Energie.
Restructurer la filière et la dynamiser constitue un nouveau chantier national, fondé sur les conclusions du
Rapport Puech. En sus des propositions relatives à la modernisation des scieries, de simplification de la réglementation… Le Rapport s’attache à élaborer une stratégie afin de réduire le déficit
commercial, sauvegarder les emplois, mais aussi développer les potentialités de la ressource pour créer de 30 à 80 000 emplois supplémentaires, pour mobiliser 12 puis 21 millions de m3 en 2012 et
2020. Par ailleurs, la création d’un véritable esprit de filière est incitée, de la forêt aux entreprises les plus à l’aval, 1ère et 2ème transformations jusqu’à
l’ameublement. C’est à dire, « promouvoir tous ensemble le bois sous toutes ses formes, tous ses usages, développer des intégrations amont-aval ». Il s’agit également de promouvoir les
usages modernes du bois, en systématisant son incorporation dans la construction, ainsi que dans la biomasse (énergie). A cette fin, un Fonds d’Investissement Stratégique pour la filière doté de
150 millions d’euros sera crée. Le projet de loi Grenelle I est lui aussi facteur de dynamisme pour la filière en adaptant les normes de construction au bois et en augmentant fortement le taux
minimum d’incorporation de bois dans la construction et en soutenant la mise en place d’un label (art.29). Le minimum d’incorporation de bois sera donc multiplié par 10.
L’ameublement, bien qu’en fin de filière doit pouvoir bénéficier de cette dynamisation en attendant un Plan Meuble
tel que préconisé par le Rapport. En effet, sur les 6 milliards de déficit, 2,1 sont « imputables » aux meubles.
La délocalisation du FCBA fin 2010 à Marne la vallée, est une décision à double tranchant. Certes, son intégration
future - dans le cluster Grand Paris « Ville durable » - auprès de grandes écoles et laboratoires tel que le Centre Scientifique et
Technique du Bâtiment est facteur de synergie et de cohérence autour de la place du bois dans la construction et dans la Ville ; pour autant, le départ du pôle Ameublement du FCBA, du 12ème se traduirait par un démantèlement d’une forme de
Culture et de Tradition.
Le FCBA, acteur majeur de la Revalorisation de la Filière
Comme le précise le Rapport, « le frein à l’utilisation du bois réside essentiellement dans les normes et
essais ; soit par insuffisance ou inadaptation de normes d’origine scandinave à nos bois français, à l’absence d’essais, mais aussi au retard de classement des bois par les scieries ».
Or, le FCBA (Forêt Bois Cellulose Ameublement) est un acteur majeur dans son travail sur les qualités intrinsèques du bois, les essais et normes qu’il réalise permettant l’usage du bois,
notamment dans la construction (essais feu, essais acoustiques et thermiques…). Le FCBA est à la fois un Institut technologique (divisé en 4 pôles à Paris dont un consacré à l’ameublement) et un
bureau de normalisation (BNBA).
Quel devenir pour le site de l’Avenue de Saint-Mandé ?
Ci-après, la réponse du Ministre de l’Agriculture, à la question de Monsieur le Député de l’Oise, François Michel
GONNOT :
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M. François-Michel Gonnot attire l'attention de M. le ministre de l'alimentation, de l'agriculture et de
la pêche sur la décision de son prédécesseur de regrouper les services du ministère sur le site occupé aujourd'hui dans Paris par l'Institut technologique forêt cellulose
bois-construction ameublement (FCBA).
Cette décision répond à un objectif de rationalisation, mais elle risque de mettre en péril la pérennité
d'un outil qui se trouve au coeur de la filière forêt-bois dont le Président de la République a souligné le caractère stratégique le 19 mai 2009. Après une phase de dialogue sur les
modalités du transfert du FCBA, le ministère de l'agriculture a acté que le préjudice subi par le FCBA, notamment le coût de sa relocalisation à Marne-la-Vallée, s'élevait à 36,4 millions
d'euros hors taxes.
Or, le ministère a annoncé une participation financière à hauteur de 11,5 millions d'euros seulement ainsi
qu'une augmentation de la subvention annuelle versée au FCBA de 200 000 euros sur cinq ans afin de participer au remboursement de l'important emprunt à long terme que devra contracter le
FCBA pour réaliser l'opération. Le ministère estime que le solde du financement doit être assuré par le concours des fonds professionnels collectifs, par celui des collectivités locales
accueillant la nouvelle structure du FCBA et par le recours de ce dernier à l'emprunt. Or un tel plan de financement est loin d'être assuré : la situation économique considérablement
dégradée des entreprises du secteur compromet leur participation à cette opération et les représentants des collectivités locales concernées (conseil régional d'Île-de-France, conseil
général du Val-de-Marne) conditionnent le montant de leur intervention à une participation de l'État à hauteur de 50 % du coût total du projet (soit environ 19 millions d'euros). L'écart
important entre la participation annoncée de l'État et la participation nécessaire au financement de l'opération compromet sa réalisation, et par-delà, la survie même du FCBA et les
missions de service public qu'il remplit depuis 60 ans. Le FCBA est le partenaire de toutes les entreprises de la filière forêt, cellulose, bois-construction, ameublement, soit un secteur
rassemblant 400 000 personnes. Cet outil précieux pour toute la filière et le tissu industriel français est aujourd'hui menacé de disparition si une solution financière n'est pas trouvée.
Il lui demande quelle solution il espère trouver pour sortir ce dossier de l'impasse dans laquelle son prédécesseur l'a mis.
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T Texte de la réponse
Le projet de construction par le ministère de l'alimentation, de l'agriculture et de la pêche d'un
ensemble de bâtiments, sur le site de Picpus, dans le douzième arrondissement de Paris, a été présenté en avril 2008 au conseil immobilier de l'État qui en a approuvé le principe. Le
Premier ministre a donné son accord à ce projet en octobre 2008. Concrètement, il s'agit du transfert sur le site de Picpus de la majorité des agents de l'administration centrale du
ministère de l'alimentation, de l'agriculture et de la pêche. Des sept sites actuels, seul le site de la rue de Varenne sera conservé. L'enjeu du projet est de mettre fin à la dispersion
des sites du ministère de l'alimentation, de l'agriculture et de la pêche, de diminuer ainsi les coûts de fonctionnement et d'offrir de meilleures conditions de travail aux agents dans un
immeuble accueillant et fonctionnel, qui devra être exemplaire du point de vue de ses performances énergétiques et environnementales. La réalisation de ce projet conduit à la résiliation
anticipée du bail conclu en 1984 entre l'État et l'Institut forêt, cellulose, bois-construction, ameublement (FCBA). Ce dernier a pris acte, le 16 avril 2009, à l'occasion
de son conseil d'administration, de cette décision en donnant à son directeur général tous les pouvoirs pour engager le projet de déménagement du FCBA. Un site sur la commune de
Champs-sur-Marne est d'ores et déjà retenu. Ce déménagement constitue une opportunité pour le FCBA, dont l'activité est pérennisée et les structures modernisées. Attaché à l'outil
précieux que constitue le FCBA pour l'ensemble de la filière bois, le ministère de l'alimentation, de l'agriculture et de la pêche a décidé d'accompagner ce déménagement par un soutien
financier exceptionnel. Le ministre reste par ailleurs à l'écoute de l'institut et des sollicitations des représentants locaux en vue d'assurer la bonne fin de cette opération de
transfert.
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Quel bilan ?
Si, les solutions retenues par Ministère paraissent garantir une forme de péréquation en permettant au 12ème d’accueillir les directions centrales du Ministère de
l’Agriculture soit plus de 1 000 agents, nombreuses sont les questions qui demeurent aujourd’hui sans réponse.
Tout d’abord, quel sera le sort réservé aux partenaires socioprofessionnels qui travaillaient de concert et sur
place avec le FCBA : Association des Constructeurs et Distributeurs de Matériels Forestiers, Association Technique Internationale des Bois Tropicaux, Conseil Interfédéral du Bois, Chambre
Syndicale nationale des agents en bois dérivés, Fédération française des bois tropicaux et américains, Union des Industries du Bois, Fédération française du Commerce du Bois,
IRBF... ?
Ensuite, les conditions financières du transfert du FCBA à Champs sur Marne sont elles aujourd’hui réunies, comme
s’en inquiétaient le Rapport PUECH sur la Revalorisation de la Filière Bois et le Député GONNOT ?
Enfin, quels seront les avatars d’une telle délocalisation pour le territoire parisien ?
En particulier l’étroite collaboration entre le VIA (Valorisation de l’Innovation dans l’Ameublement) qui
« promeut et valorise la création française dans le domaine du design appliqué au cadre de vie », par une réflexion prospective sur l’adaptation et la conception des produits de notre
cadre de vie, le conseil aux entreprises (stylisme, réactualisation des gammes…) et le FCBA qui avait donné naissance à l’Innovathèque (centre de ressources européen en matériaux innovants, et
vaste lieu d’échange entre créateurs et industriels).
Il ne nous est pas interdit de gloser sur les causes d’un tel démantèlement
local, probablement du à une absence de vision, et de dynamique autour du design-bois-métiers d’art-ameublement. Les partenaires institutionnels
n’ont pas été incités à développer des synergies communes qui auraient pu se matérialiser par la création d’un vaste pôle de compétitivité ou cluster parisien sur cette thématique, intégrant nos
chambres de métiers, notre treillage de TPE/TPI, jusqu’au Mobilier National et la Manufacture des Gobelins…(Cf. Le Grand
Paris commence à Bercy Charenton (2) ).
Pari perdu ou Grand Pari perdu pour la Capitale, qui se retrouve dépourvue de cluster, coupée du reste de la
Métropole. Sorte de Grand Paris sans Paris.
Il est donc urgent de s’interroger sur l’articulation entre le développement des 8 clusters spécialisés (Roissy,
Saclay, Marne-la-Vallée, le Bourget…) ET les potentialités de développement économique de la Capitale. Articulation d’autant plus nécessaire que le solde migratoire des établissements parisiens
demeure négatif, près de 5 000 établissements quittent la capitale chaque année (source CCIP).
Renforcer la compétitivité de la Capitale par une politique de spécialisation des territoires parisiens
(arrondissements et quartiers), éviter les doublons avec la vocation des clusters et corrélativement de nouvelles « délocalisations », orienter et conditionner l’octroi des aides et
subventions à cette politique territorialisée… Sans pour autant tomber dans le piège de la monoactivité économique, nuisible au commerce de proximité. Autant de réflexions qui devront être menées
dans le cadre de Paris Métropole.